Elikia... le quotidien se raconte

Scènes filées

 

 

Les fleurs éclorent. Elles quittent doucement leur nid d’hiver. L’air est enivré de douceur. Printemps, havre d’amour délie les langues des poètes… les oiseaux guettent le feuillage des arbres pour s’y cacher. Les parcs reçoivent de la visite.

Dans les métros, quelques rares sourires osent affronter les visages grincheux. A ce signe, on voit qu’une saison a cédé sa place à une autre…

  Main dans la main, ils arrivent. Une complicité tacite les lie à leurs lèvres. Il joue avec sa mèche, la regarde, la taquine. Peu importe que les passagers les observent du coin de l’œil. Elle sourit et rit. Toute la tendresse du monde s’est logée dans ses pommettes.  Elle sort de son sac son Ipod ; une oreillette pour lui, l’autre pour elle. Il écoute distraitement. Elle non plus, elle n’écoute pas. A vrai dire, elle surveille son arrêt. Elle ne peut pas compter sur lui. Il cherche son cou pour y héberger un baiser et sentir son parfum. Elle rougit et lui rend la pareille sur le coin de la bouche. Vite, c’est son arrêt.

 

Le monsieur là-bas, il écrit. Il rature. Il réécrit. Il rature. Avec fougue. Avec la fièvre d’un musicien. Le mot comme une note il cherche. Ses feuilles sont noires de mots. Il cherche le mot, la phrase dans la foule de ses pensées. Pas le moindre carré blanc. Il ne lâche pas son stylo. C’est à peine s’il lève les yeux. Tous les jours, nulla dies sine linea. Il est écrivain. Il orchestre une symphonie d’idées. Son stylo danse sur le papier sans s’arrêter. Il tente de mettre de l’ordre dans une cacophonie d’histoires. Il est concentré, penché à sa tâche, impassible sans le moindre égard pour ce qui l’entoure. Chut, il est dans sa tête, recueilli dans son esprit.

 

Par-dessus la fenêtre, on aperçoit une jeune fille. Elle vient d’acheter une mini tarte à la fraise. Elle s’asseoit à l’arrêt de bus. Il n’y a pas grand monde. Pendant un instant, elle reste inerte. Elle fixe la petite tarte. Elle fait une minute de silence. Soudain elle sort une bougie de sa poche, qu’elle pose délicatement sur la part. elle l’allume avec son briquet. Ensuite elle range le briquet soigneusement. Elle fait une autre minute de silence et souffle la bougie.

Puis, la gourmandise l’empare.

 

Il a garé sa boite de conserve automobile. A côté, il y a un panneau «sens interdit ». y a-t-il un sens interdit lorsqu’on va nulle part ? Se questionne-t-il. Il a son journal en main. L’horoscope est clément et formel : il fera beau. La grande ourse l’a communiquée à Madame Soleil. Pour lui, l’horoscope et la météo c’est du pareil au même. Dans sa main, quelques pièces… il est riche d’acheter encore deux cafés au comptoir et peut être une baguette. Sa carte bleue ? Le distributeur l’a avalée deux rues plus tôt. Météofrance avait prévu de la grisaille. Ils sont nombreux au comptoir. Tant mieux ! Plus on est, plus on disparaît philosophe-t-il.

Le slam commence. Il aime bien.

  Les intempéries de la vie ont  presque de la poésie dans sa bouche à lui. La saison l’exige peut-être, songe-t-il.

Oui, chacun sa poésie.

 

Vos commentaires

1 Le Dimanche 11 Mars 2007 à 18:07 GMT+2, par Pauline

C'est exactement ça...

2 Le Vendredi 16 Mars 2007 à 14:42 GMT+2, par Linéa

C'est tellement bien écrit que j'imaginais très bien toutes les p'tites scénettes dans ma tête...
La vie n'est qu'une succession de clichés plus ou moins philosophiques mais sur lesquels on peut à chaque fois zoomer et y réfléchir.

Gross Bizes à toi !

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