Elikia... le quotidien se raconte

Armée du matin

 

 

Armée du matin. Une foule innombrable traverse la gare. Légion d’honneur de sa propre existence. Le  matin est un combat, une guérilla sans espèce de compassion pour son prochain.

Ils traversent cette longue correspondance. Le regard est haut vers la porte ; l’antre d’un nouveau souterrain. Ils marchent les uns à côté des autres.

Soldats d’un objectif, d’un intérêt, le leur.

Ils ne composent pas un tout. C’est une masse confuse de singuliers. Chaque pas résonne dans une spirale lambda, bohème. Des silhouettes, des destins mobiles qu’on ignore croiser peuplent le couloir.

Chaque « je » est dans son monde. Surtout, ne le cognez pas.

Les pas fourmillent. Il faut rentrer dans le métro. Les baskets, les chaussures à talons, les mocassins et les escarpins se livrent dans une course effrénée. Des sacs volumineux s’en mêlent et obstruent le passage. Un bruit strident et la porte du métro se referme laissant sur le quai des pieds en colère. Confinés comme des bulles de gaz dans une cannette de soda, parmi les silhouettes n’est pas un espace de mouvement. Serrés. Collés. Le touriste coincé avec ses valises encombrantes perçoit la chaleur humaine parisienne. Le touriste se prend un bain de foule. Autour de lui, pas d’hystérie juste des silhouettes en vie.

Il maugrée. Elle rêve. Elle écoute de la musique. Il  cherche éperdument ses clés. Il tente de rentrer en contact le regard avec la jolie personne en face. Elle râle. Elle chante pour faire la quête. Il fait ses devoirs.Elle souffre le martyre à cause de son ventre rond qui prend de la place parce qu’elle est enceinte.

 

Que de « je »,  que d’ « égo » dans le métro.

 

Chacun pour soi, le métro pour tous.

 

Vos commentaires

1 Le Vendredi 30 Mars 2007 à 17:20 GMT+2, par Lefélinbleu

mais comment fais-tu ?? C'est vraiment très bien rendu, l'effet de foule où chacun essaie de penser à ce qu'il doit faire et où on se marche sur les pieds, en contact les uns malgré les autres...
Même les poissons ne se heurtent pas :) Et le début m'a rappellé un passage des fourmis de Werber. Cette ambiance souterraine et bondée. Bravo encore !

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